13′K – « 13′Kestions » (Interview)

Published On 21/01/2012 | By Dope Muzik Addict | CHRONIQUES, Interviews

Pour commencer, petite rétrospective sur le parcours de 13K histoire de situer le personnage.
MC de St Ouen d’où il est originaire. Contrairement au parcours classique de la plupart des rappeurs, ses premiers amours musicaux n’étaient pas orientés vers le HipHop mais le Rock, il écoute à l’époque des groupe tel qu’Aerosmith, Bérurier Noir (groupe de Rock français des années 80 ayant de fortes revendications sociales), LSD, Léo Ferré puis découvre le rap via des groupes comme NTM.
Avant de commencer à rapper, 13K s’est essayé au graf. Il suit de loin les parcours de grapheurs comme Marko 3DT et les 93 MC.
A 14ans, il décide de prendre le micro, il « copie les grands » et participe à plusieurs festivals et se produit un peu partout.
On lui présente ensuite Oussen, ils forment un groupe et sortent un premier projet en 2003. Il enchaîne les concerts et se forme à la scène, de Rennes à Dax, Suisse, Zurich. Il a également fait la première partie de 50Cent à Bercy avec Merlin (MC) et décide en 2010 de poursuivre sa carrière en solo.
Crash Test (son premier solo) vois le jour en 2011.

DMA: Tu viens de Saint-Ouen dans le 93 (Seine-Saint-Denis), un département ayant un lourd passé dans la culture HipHop, en quoi penses tu que cela a pu influencer ta musique?

13′K: Je dirais que cela à plutôt influencé ma vie entière, venir des quartiers populaires ça te prépare au monde, tu y apprends à te construire, à te détruire, à aimer comme à haïr. Mon petit parcours dans la musique est un peu à l’image de tout ça, enfin je crois…

DMA: On a souvent tendance à mettre les artistes dans des cases dans le Rap, avec toutes sortes de courants et d’influences. On a le Rap dit « hardcore », le « Rap conscient », le Rap ghetto » et on parle plutôt de HipHop lorsque qu’il s’agit de la catégorie plus influencée Soul. C’est quoi pour toi le HipHop et le Rap? Où penses tu te situer?

13′K: Je connais un peu plus le HipHop que le Rap en lui-même… Le graffiti, les artistes taggeurs sont pour moi le HipHop dans tout sa splendeur, de la spontanéité dans la création, un « je-m’en-foutisme joli », un peu ce qu’il y avait dans la danse avant avec des collectifs comme Aktuel Force, le grand bordel organisé, pour moi, c’est un peu ça le HipHop. C’est faire les choses comme on le sent, j’ai toujours vécu le truc comme ça, par exemple quand t’écoutes le premier The Last Poets (qui pour moi reste un des meilleur disque HipHop), oui en fait c’est ça le HipHop: « The Last Poets » voilà! Après le Rap pour moi c’est une mise en verbe de ce que les graffeurs ou les taggeurs tentaient d’exprimer et une retranscription de ce que les DJs faisaient avec les mains. Le Rap c’est la voix du tag, de la danse, du Deejaying donc une discipline du HipHop, son enfant.. pour moi!

DMA: Tu as appelé ton projet Crash Test (en gros ça passe ou ça casse), tu te définis souvent comme un « éternel apprenti ». Pour toi, être artiste c’est évoluer constamment?

13′K: Crash Test déjà parce qu’avec moi souvent ça passe ou ça casse. Ce n’est pas forcément une fierté mais je vis tellement à cent à l’heure que j’ai perdu beaucoup de gens sur mon parcours que je pourrai résumer comme un rallye. Dans un rallye, des fois on arrive au bout, des fois on se casse la gueule avant. Oui, nous sommes d’éternels apprentis, enfin, il faut déjà accepter de l’être. Moi j’apprends tout les jours, j’ignore si j’évolue mais ma mère me le dit très souvent depuis peu donc je serai tenter de dire oui. De là à parler de moi à côté du mot artiste, je n’aurai pas cette prétention.

DMA: On te sent dans ce projet solo plus intimiste sur des morceaux comme par exemple « La Nuit Tombe » ou « Femme d’Honneur », considères tu ton parcours passé comme une sorte de « training »? Était-ce important de traiter certains sujets plus tard?

13′K: Je rappe comme je vis, j’ai du mal à écrire des freestyles, de l’égotrip mais j’aime ce style de Rap, je le kiffe grave. Je ne me sens pas très à l’aise dedans mais je trouve que d’autres le font très bien. J’ai toujours écrit ce que j’avais dans la tête au moment où le stylo se trouvait dans ma main et qu’il se posait sur la feuille.

DMA: Comment c’est construit le projet? Est ce que tout était prémédité ou s’agit-il d’un projet travaillé au feeling? Côté featuring comment ce sont fait les choix ainsi que celui des beatmakers qui ont participé au projet?

13′K: Crash Test est né à la fin de l’enregistrement de mon album, j’avais envie de me détendre et de partager du rhum et des beats avec des potes… Crash Test est né comme ça. je n’ai pas rappé avec beaucoup de monde dans mon parcours mais j’avais envie de le faire sur ce projet. Il n’y avait rien de calculé, c’est un truc qui est né dans la spontanéité, bouclé en deux semaines (une mixtape quoi!). Après au niveau beatmarkers, il y a Last Beat Muzik: que je connais depuis plus de 10 piges bientôt, JustMusic: des beatmarkers du sud qui nous ont pas mal aidé (sur des titres comme Génération 80), Sylence: on est sur pas mal de projets ensemble, son groupe Embusquad à sorti un projet gratuit « Nouvel Horizon » le 15 janvier (il faut les suivre c’est du castaud!). J’ai aussi deux prods de Chris Lou de Toulouse, lui aussi c’est un mec qui est proche de Nathy et moi, il est aussi producteur et réalisateur d’un morceau sur mon album à venir.

DMA: Crash Test est sorti sous le label Five Elements, peux tu nous donner un peu plus de détails sur cette structure?

13′K: Five Elements c’est une association montée avec deux amis, une manière de structurer nos projets. Voilà, on va essayer de sortir d’autres mixtapes via Five Elements.

DMA: Dans le clip Frontline (présent sur le projet), tu fais ressentir le fait que les jeunes dans les quartiers se tuent entre eux pour des histoires d’argent, de drogue et que les hauts dirigeants et journalistes du pays en ont pleinement conscience mais laissent faire car ça les arrangent.
En quoi penses tu que cela puisse leur être profitable? Qu’est ce qui peut se cacher derrière tout ça d’après toi?

13′K: Je ne sais pas si ça les arrangent ou si ça leur est utile, mais quand tu regardes par la fenêtre il n’y a pas grand chose de profond de fait pour que la plupart des jeunes des quartiers ne vrillent pas dans le mauvais. Les gens sont dans la nécessité de s’en sortir, certains y arrivent, mais encore une fois, même celui qui a un taf est pas loin du pétage de plomb. Taffer toute la semaine pour un salaire avec trois chiffres, qui est fou pour aimer ça? Résumer cela sans dire aux gens que ces blessures sont des plaies que tout le monde à laissé pourrir, c’est nul et malsain! Qu’est ce qui peut se cacher derrière tout ça? Peut-être la mort de certaines valeurs…

DMA: Voici une vidéo qui a été diffusée dans l’émission Le Boucan du Jour sur Canal Plus.

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Ta réaction?

13′K: Que dire mis à part qu’il y a des gens assez stupides pour avaler ces conneries? Comme je te disais il y a des plaies que personne ne veut ouvrir pour expliquer des blessures que l’on supporte au quotidien. Il est plus facile de mentir sur l’origine de ces plaies. D’ailleurs, où sont passées ses associations avec leurs beaux blazes? Personne n’a fait un procès?! Donc oui tout le monde sait qu’on nous blague puisque tout le monde nous blague…

DMA: Dans une interview avec Mamadou Keita (Conseiller Municipal de Saint Ouen), tu parles de l’importance de faire évoluer les mentalités, qu’en tant qu’artiste on se doit de revendiquer, dire les choses. On sent une dimension politique dans ta musique. En quoi penses tu que la musique puisse rassembler, changer les mentalités et quel impact politique peut elle avoir?

13′K: La musique par définition est fédératrice, on en fait pour être écouté, faire passer un message, une idée, peut importe comment on la fait. Quand tu écoute un morceau de Rap, tu en retiens toujours quelque chose, même si tu n’as pas aimé, des fois tu retiens même si le mec à un accent ou zozote.
J’ai toujours gardé les yeux et les oreilles sur la situation politique de St Ouen dont je suis originaire, certaines constructions passent pas la politique et, qu’on aime ou non, on est obligé de s’y intéresser. Quand un rappeur est invité à la télé, c’est une manière pour eux d’inviter la banlieue sauf que très peu de rappeurs savent faire autre chose que rapper; c’est à dire parler, on ne va pas leur en vouloir… mais en même temps, si on pouvait avoir des degrés de représentation riches en discours, je pense que cela aiderait nos quartiers, enfin, c’est juste mon avis.

DMA: Ta rencontre avec l’auteur, philosophe, Alexandre Jollien (auteur de l’Eloge à la Faiblesse et le Philosophe Nu entre autre) a t’il eu un impact sur tes projets?

13′K: Une amie m’avait parlé de lui et je l’ai croisé sur un plateau télé ou radio, je devais rentrer chez moi. Son parcours m’a intrigué, je suis donc resté là à l’écouter. Pour moi, il est la preuve que quand les autres peuvent nous trouver différents ça nous aide à nous libérer. L’apprentissage de soi dans des moments faiblesses, une des clefs pour un mieux-vivre. C’est un grand philosophe l’« Eloge de la Faiblesse » est un livre renversant. Tout ces médecins qui nous disent qu’une personne handicapée est difficile à assumer, quand vous avez quelqu’un de différent dans votre famille, ça peut faire mal de l’entendre! Alexandre Jollien écrit chaque mot avec joie, explique sa situation avec une force qui cloue le bec! Ce Monsieur est ma plus grande découverte artistique.

DMA: Tu prépares actuellement une livre qui sortira en même temps que ton premier album solo et qui s’intitule « Cette Blessure ». On s’attend dans cet album, ainsi que dans le livre à découvrir les « dessous » de 13′K. Parle nous de ces projets? 

13′K: Mon album, c’était un projet que j’avais en tête depuis gosse je crois, je me suis mis à rapper pour faire ce disque, il me tient à coeur. Je ne sais même pas s’il sortira sous 13′K, je réfléchis encore même si j’ai la réponse.
Je suis fier de ce disque! Honnêtement, je me bats actuellement pour le sortir dans de bonnes conditions.

DMA: D’où t’es venu l’idée du livre? Pourquoi une sortie au même moment?

13′K: Le livre, c’est un projet que a vu le jour grâce à Mona, quelqu’un qui m’accompagne dans pas mal de réflexions. On avait juste envie d’écrire, sans forcément décider que cela soit publié, on écrivait. Puis Pierre Louis Basse, un ami écrivain a su ce que nous faisions et nous a conseillé de le sortir. Il y des choses un peu personnelles dedans, donc au départ nous étions retissant à l’idée que cela puisse devenir publique. Mais après réflexion, on c’est rendu compte que finalement ces choses personnelles n’étaient autre que des faits justement publiques mais avec un angle de vue différent.
Tout est mis en oeuvre pour tenter de le sortir en même temps que le disque!

DMA: Le mot de la fin?

13′K: Merci à toi pour cette interview, bonne et heureuse année 2012!

Crash Test est toujours disponible sur itunes!

13′K sera sur la scène du Bataclan le 12 février pour la première partie d’un plateau HipHop avec Jedi Mind Tricks, Outerspace, Dilate Peoples, Genius et GZA. Les préventes sont à d’ores et déjà disponibles sur http://www.digitick.com/genius-gza-jedi-mind-tricks-dilated-peoples-outerspace-concert-le-bataclan-paris-12-fevrier-2012-css4-digitick-pg101-ri1071269.html

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2 Responses to 13′K – « 13′Kestions » (Interview)

  1. Hakim says:

    Bonne interview, comme l’a dit l’ami 13′K on est tous des eternels apprentis, c’est malheureusement ce que peu de gens veulent comprendre.

  2. Iso says:

    humainement un mec top respect 13

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